Saguenay, du bois, de la pulpe et du papier


L’industrie forestière a marqué considérablement le territoire et le paysage de la ville. Cette industrie s’est développée grâce à l’abondance de la ressource et la présence de chutes d’eau apportant un potentiel hydraulique et hydroélectrique important.

La Société des Vingt-et-Un lance officiellement l’exploitation forestière dans la région. En 1838, une goélette en provenance de la Malbaie dépose des membres de cette société tout au long de son passage sur le Saguenay. Ces derniers y construisent des écluses et des scieries. Le 11 juin, ils atteignent la baie des Ha! Ha! où des installations seront aussi construites pour procéder à une première transformation de la matière première. Les lieux où débarquèrent et s’installèrent quatorze pionniers de la société, aujourd’hui le secteur de Grande-Baie, à La Baie, est considéré comme le site de la fondation de la région. Le monument des Vingt-et-Un souligne l’arrivée de ces pionniers.

Jusqu’à la fin du 19e siècle, les scieries dominent l’industrie de la région. Avec Peter McLeod, William Price développe, à partir de 1842, les premières scieries industrielles, avec les installations des rivières du Moulin et de Chicoutimi. En 1871, deux scieries de la Price Brother & Cie situées sur le territoire de la ville sont les plus importantes de la région (Chicoutimi et Grande-Baie).

Un tournant majeur s’effectue à la fin du 19e siècle, dans l’économie régionale, avec les débuts de la production industrielle de pâtes. La première pulperie de la région est établie à Chicoutimi. Fondée en 1896 par quatre actionnaires, dont Julien-Édouard-Alfred Dubuc, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi deviendra la plus importante pulperie au monde. La faillite de la compagnie entraîne la fermeture du site en 1930.

Le site de la pulperie de Chicoutimi reste à l’abandon pendant plus de 45 ans. C’est à partir de 1978 qu’on commence à examiner un projet de restauration et de mise en valeur. Au cours des années 1980, on réalise d’importants travaux d’aménagement et de restauration. Le 9 juillet 1984, il est classé site historique. Aujourd’hui, le bâtiment datant de 1921 abrite le musée régional et des salles d’exposition.

À La Baie, la Battle Island Paper Company, une société américaine, s’installe à l’Anse-à-Benjamin. On y érige les installations requises pour scier et enlever l’écorce du bois destinée à l’exportation pour la fabrication de la pâte et du papier. L’entreprise est active de 1903 à 1914, année où elle est acculée à la faillite par l’imposition d’une nouvelle taxe provinciale sur les exportations du bois, dont l’objectif est d’encourager la transformation au Québec. Aujourd’hui, on peut accéder au site des écorceurs, vestige archéologique de cette entreprise, en empruntant le sentier Eucher du Cap à l’Ouest.

En 1899, la deuxième pulperie de la région est fondée par Joseph Perron à Jonquière. Cependant, William Price III en deviendra rapidement le principal actionnaire. Il y initie la fabrication du carton (1903) et du papier (1909), une première au Saguenay–Lac-Saint-Jean. L’usine, qui se spécialisera ensuite dans la fabrication de carton, sera en opération jusqu’en 1962. Elle est alors remplacée par une nouvelle cartonnerie construite sur la rive ouest de la rivière aux Sables, à environ deux kilomètres en aval du site d’origine. Près du centre-ville de Jonquière, il ne reste que des vestiges de cette infrastructure industrielle.

William Price III aura cependant un projet encore plus ambitieux pour la région. En 1911, il construit une ville de compagnie, Kénogami, et une usine de pâtes et papiers. Durant les années 1920, avec sept machines à papier, elle devient la plus importante usine de fabrication de papier journal au Canada. Modernisée en 1985-1986 et en 2000, l’usine est toujours en opération.

Un deuxième grand projet relié à l’industrie des pâtes et papiers sera initié à Port-Alfred. Julien-Édouard-Alfred Dubuc procède à la construction d’une usine de pâte chimique en 1916 et d’une ville de compagnie. En 1922, l’usine cesse ses opérations avec la faillite de la compagnie. Après une première tentative de relance, les opérations sont reprises en 1924 par la Port Alfred Pulp & Paper Corporation. Cette dernière convertira l’usine pour la fabrication de papier journal. L’usine conservera cette vocation jusqu’à sa récente fermeture en 2005.



Références :
-Dany Côté, Histoire de l’industrie forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Au cœur de l’économie régionale depuis plus de 150 ans, 1838-1988, Alma, Société d’histoire du Lac-Saint-Jean, 1999;
-Camil Girard et Normand Perron, Histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Québec, IQRC, 1989.



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